MARCUS, JEUX DE MAINS, VERSION COURTE

LES MAINS : processus d'enfantement inachevé mais point d’ancrage.

8/30/20239 min read

J'ai voulu accorder à Marcus, l’importance symbolique et encore énigmatique que la main représente dans son processus créatif et ce qui me semble mieux résumer ce que j'ai perçu de sa philosophie de vie.

Converser avec Marcus, est aussi fascinant que déroutant, en tout cas pour ma part. Échanger avec lui, c’est comme se trouver à un point d’intersection de plusieurs confluents et s’arrimer successivement aux rivages de l’histoire, de l’ésotérique, de la spiritualité, de l’actualité, de la philosophie et en même temps se retrouver à la périphérie de soi-même et en apercevoir les contours.

Dire oui à la vie, c’est l’accueillir pleinement, tel est son CREDO!

Mais la vie comporte ses variables et sa part de hasard. Cette acceptation totale, en tant que philosophie de vie est une gageure pour beaucoup d’entre nous, pris dans les rets de notre atavique besoin de tout contrôler. Et pour tenir le gouvernail d’une telle philosophie de vie, il faut être doté d’un optimisme incorruptible. Et Marcus s'avère être un fervent optimiste.

Il ne s’agit pas d’un optimisme béat qui consisterait à vivre dans une insouciance irréelle, à ne focaliser que sur ce qui est positif, tout en faisant abstraction du reste. Il s’agit encore moins le concernant, d’un optimisme complaisant, qui fait minimiser les dysfonctionnements ou menaces qui pèsent sur la société. Son optimisme parle d’une foi en l’homme et en l’humanité, tout en accueillant ce qui se présente à nous, le bon comme le mauvais. Car, comme il le scande, rien n’est tout blanc, rien n’est tout noir.

Marcus est comme un couteau suisse : un thérapeute, un passeur, un récepteur, un archéologue et chacune de ses disciplines quelque soit l’angle abordé, nous plonge tout à tour, dans les profondeurs de la psychologie humaine.

Un mot me vient lorsque je pense à Marcus et à notre rencontre: SÉRENDIPITÉ

La sérendipité, c’est trouver ce que l’on ne cherchait pas, lorsque nous sommes dans une disponibilité qu’elle soit intellectuelle, artistique, scientifique. C'est la capacité d'inventer quelque chose, de tirer une conclusion intellectuelle à partir du hasard, d'occurrences inattendues, d'erreurs pour produire quelque chose de nouveau....

Ma première rencontre avec Marcus, se passe dans son atelier. Sur ses murs, ses quelques peintures à prédominance bleue et aux couleurs chaudes nous plongent rapidement dans une atmosphère apaisante et mystique.

Se crée, dès lors, un jeu de perception visuelle, entre d’une part la vue globale ou apparait en premier plan un personnage principal, une fleur, un animal, et d’autre part les fourmillants détails composés de micro-motifs, de formes géométriques, de symboles.

Ces détails sont autant de clés d’interprétation, pour chacun d’entre nous, et l’occasion d’appréhender l’œuvre selon nos propres perceptions. Ils sont une tacite exhortation à renouer avec nos souvenirs sur les mythes, le folklore, la spiritualité. Sous la peinture, sous le dessin, se cache souvent une révélation, un sens caché, un secret à l’état brut ou pas. Il y a ce que le peintre veut transmettre mais il y a aussi ce que nous voyons.

Ses peintures irradient souvent : filaments dorés, étincelles, halo, auras ou colonnes de lumière auréolent le sujet principal.

C’est tout un univers onirique et symbolique qui nous appelle. Car pour Marcus, tout est lien, métaphore, énergie.

Bien qu’élevé dans la confession catholique, Marcus est un creuset œcuménique dans lequel il mélange et associe ses matières premières : symboles, archétypes, fées, mythes, légendes, ceci même, avant de mélanger ses matériaux de peinture.

Il ne se réclame d’aucuns courants en particulier, n’est pas pratiquant mais il n’exclue rien. Il fait fi des crispations conservatrices religieuses, qui sont pour lui synonyme d’hermétisme, alors même qu’il nourrit et désire être dans une totale ouverture et disponibilité de ce que la vie lui offre. D’ailleurs, nombre de ses toiles représente une porte entrouverte sur les mystères de la vie, une incitation à s’y ouvrir, à aller sur l’autre rive et à accueillir pleinement la magie de la vie.

Il affirme d’ailleurs que l’église l’a quitté plus qu’il n’a quitté l’église. C’est ainsi qu’il dit oui à la vie.

Sa façon de travailler reflète d’ailleurs sa pensée profonde et sa philosophie de vie. Dire oui à la vie, se laisser surprendre ou se faire surprendre par tout ce qu’il intercepte et reçoit, tout en faisant confiance au processus de vie qui imprègne son processus créatif. Il ne sait jamais à l’avance ce qu’il peindra et n’a jamais une idée précise du résultat final. Il met une couche, laisse le temps s’écouler, il revient travailler dessus, superpose, juxtapose jusqu’à ce que la peinture lui livre son message, sa révélation…. Mais pour cela, il doit laisser venir, ne pas conjecturer, anticiper. ll se laisse transcender par tout ce qui gravite autour de lui.

Comme un pied de nez fait à la prédictibilité, à notre besoin de présumer, de contrôler.

Marcus se désigne comme un passeur : il est celui qui facilite le passage d’un rivage à l’autre, d’un univers à l’autre. Ses peintures sont un appel pour s’aventurer sur l’autre rive, l’onirisme, l’intangible. Bien sûr, il n’impose rien et laisse chacun se faire sa propre représentation de ses peintures. Après tout, chacun reçoit le message qui lui est destiné.

Mais avant d’être un passeur, il est un récepteur. Il se laisser traverser par la vie, il capte et reçoit les choses, les sensations : lumière, images, intuitions, rêveries. Et de ce vaste ensemble, de cette énergie protéiforme, il rentre en résonance. Il dépose et traduit sur ses toiles, cette énergie en y faisant une symphonie vibratoire. Ces énergies qui le traversent sont comme des ponts permettant de faire passer les messages de l’état inconscient à l’état conscient, une passerelle entre le microcosme intérieur et le macrocosme de la vie. C’est ainsi qu’il laisse parler son âme et donne vie à ses tableaux.

Que l’on soit profane, athée, agnostique, ou fervent croyant, ces aspects mystiques, cette omniprésence spirituelle n’échappe pas à l’œil et ces œuvres sont faites pour proposer une riche mosaïque spirituelle, humaine et émotionnelle.

J’ai rarement rencontré quelqu’un qui était autant cohérent dans ses pensées, ses dires et ses actions et ceci malgré, ce que certains pourraient appeler, son capharnaüm mental.

LES MAINS OUVERTES : ACCUEILLIR

En médecine énergétique, les mains sont l’extension du cœur, elles représentent la capacité de donner, de prendre et de recevoir. Ce n’est donc pas un hasard si fidèle à sa conception de vie, Marcus représente des mains, qui successivement, accueillent, protègent, présentent et projettent.

Pour nous, observateurs, la lecture d’un tableau consiste à mettre à jour le message ou sens caché qui existe derrière l'esthétique. La symbolique de la main semble donc immédiatement déchiffrable dans la majorité des œuvres de Marcus.

Mais pour Marcus, la symbolique de la main ne lui a pas encore délivré sa quintessence et reste un mystère encore énigmatique, un signifié implicite qu’il n’a pas encore réussi à élucider.

Pourtant avec la perte de son cher père, l’illustration de cette incroyable peinture était sensé clôturer sa quête, mettre un point final à tout ce que les mains pouvaient révéler de son essence et de son propre inconscient.

Ce ne fut en fait qu'une étape, un point d'intersection, même après avoir couché sur son papier à dessin, tout ce que la perte, les souvenirs, les partages, les non-dits peuvent porter en leur sein.

METTRE LES MAINS À L'OUVRAGE : CREUSER

“Une oeuvre d’art n’est pas belle, plaisante, agréable. Elle n’est pas là en raison de son apparence ou de sa forme qui réjouit nos sens. La valeur n’est pas esthétique. Une oeuvre est bonne lorsqu’elle est apte à provoquer des vibrations de l’âme, puisque l’art est le langage de l’âme et que c’est le seul.” KANDINSKI

Pour l’instant, cette omniprésence de la main et son signifié encore opaque, reste un processus d'enfantement inachevé mais aussi son point d’ancrage.

La persistance, la répétition des mains dans nombre de ses tableaux, sont comme un pas supplémentaire, un mouvement progressif, par étapes, vers le signifié qui prendra un jour, tout son sens. En attendant, il continue de creuser, tout en restant disponible à ce mystère et à ce qu’il y découvrira. SÉRENDIPITÉ

Celui qui peut se passer de tout ce dont il n’a pas besoin et se désencombrer de l’inutile atteint la liberté. Arneaud Desjardins

A la question qu’est-ce qu’un artiste, Marcus dénonce une forme de romantisation de l’artiste et mentionne la différence notoire qui existe entre vouloir être artiste et vouloir faire de l’art. Entre être et faire, les dispositions mentales et les attentes diffèrent. Si l’un est essentiellement motivé et s’attache plus au statut, l’autre ne s’attache qu’à lui-même, à ce qu’il aime (On est toujours libre quand on est enchainé à ce qu’on aime) et se veut lucide quant aux tenants et aux aboutissants.

En ce sens, vouloir faire de l’art suppose acceptation d’une part et renoncements d’autre part.

Acceptation de vivre dans un premier temps, une traversée du désert plus ou moins longue (dans le cas de Marcus, cette traversée dura 10 ans), accepter de vivre d’expédients, de petits boulots et de vivre chichement. Accepter également les doutes, les hésitations et les remises en question comme faisant partie intégrale du parcours de l’artiste et enfin accepter que le succès ne sera pas forcément au rendez-vous.

Quant aux renoncements, il faut une force mentale incorruptible pour passer au tamis ses besoins et mettre de côté des désirs matériels ou sociaux, alors même que notre société met l’accent sur le confort, les attraits matériels et le « tout, tout de suite ».

Des sacrifices, Marcus en a fait. Il serait d’ailleurs plus juste de parler de choix lucides : il n’a pas d’enfants, ni voiture, ni même de télé et n’est pas propriétaire de sa maison.

Il faut voir dans ses choix, une volonté de créer ses propres repères, ses propres limites et ses propres paramètres de vie. Ainsi, il a décidé seul et en conscience de ce qui lui était essentiel, quel prix il devait payer, quels sacrifices il devait opérer pour accéder à sa propre liberté : La peinture.

Peu d’artistes arrivent à vivre de leur art. Même si aujourd’hui, Marcus appartient à la caste des quelques privilégiés qui peuvent se targuer d'en vivre, c’est en partie parce qu’il a choisi ses propres épreuves tout en restant disponible à la vie, tout en cultivant son optimisme légendaire

« La liberté, c’est la faculté de choisir sa propre servitude ».

Fais ce que tu aimes, c’est la liberté. Aime ce que tu fais, c’est le bonheur.

Bonheur & liberté. C’est un combo parfait auxquels nous aspirons tous sauf pour autant y parvenir.

LES MAINS LIBRES : ACCÉDER À LA LIBERTÉ INTÉRIEURE

LE MOT DE LA FIN

Être artiste suppose d’exposer ses oeuvres et d'être vu. Pour se faire, les galeries sont un des moyens les plus usités pour obtenir validation, crédibilité, reconnaissance et consécration.

Même si ce chemin, encore plus à Paris dont l’accès reste très restreint, peut-être un véritable parcours du combattant.

Pour Marcus, tour à tour, considéré soit, comme trop bien établi par certaines galeries préférant donner la primeur à des artistes émergents, soit pas assez selon le parcours fléché conventionnel (Il n’a pas fait les beaux-arts à Paris, ni même en France, n’a pas démarché les galeries avec ses portfolios, n'avait pas le réseau adéquat en débarquant fraichement des Etats-Unis, ni les incontournables contacts) Marcus a su défricher son propre chemin, pour parvenir à se démarquer.

Grâce notamment aux annuelles portes ouvertes d'ateliers, en donnant des cours, en se créant son propre réseau, en faisant appel à des galeries associatives, Marcus continue d'avancer sereinement sur son chemin.

Personnellement, j’en suis ravie car sinon, je n’aurais certainement pas eu la chance de le découvrir.

Pour ma part, j'aime suivre les artistes car leurs compositions changent au fil des années. Comprendre les œuvres de l'artiste, c'est le suivre aussi dans ses évolutions et révolutions.

Voir où ce mystère le mènera : N'est-ce pas une raison suffisante pour continuer de suivre Marcus, de l'accompagner dans sa quête, suivre son mystère, et en comprendre la finalité?

Vous pourrez le retrouver à la Galerie 43 du 13 au 24 septembre -

du mardi au dimanche de 15h à 20h
43, rue Vandrezanne - 75013 Paris
m° Tolbiac - Place d’Italie

https://www.instagram.com/marcus.mcallister.artist/

https://www.marcusmcallister.com/