SOUMAILA KANLA, L'ES(SENS)E DE L'ART

Avec un profond amour de la nature et pour l'Art, Koumaila, concilie les deux. Donnant une seconde vie au bois sec et au bois mort, en n'utilisant que des ressources locales, Koumaila crée des produits prestigieux, à partir de différentes essences. Nous découvrons à travers cette petite interview, l'essence de l'art et son sens.

ARTBURKINA FASO

9/17/20236 min read

Il y a la nature qui est la chose que Dieu fait immédiatement et il y a l'art qui est la chose que Dieu fait à travers le cerveau de l'homme.

Bonjour Soumaïla, pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre parcours?

Bonjour je m'appelle Soumaïla Kanla, Designer, Ebeniste, spécialisé dans la recherche et l'utilisation du bois mort en bois d'œuvre. Je me suis formé au métier d’ébéniste en France, avant de revenir s’installer dans la région de Fada N’Gourma, dont je suis originaire, pour créer KAALA (anciennenemtn Kalanexpo) .L'utilisation du bois mort est une solution que j'ai trouvé pour faire mon travail d'ébénisterie et de design tout en essayant d'impacter le moins possible l'environnement.

Pourquoi le choix du bois mort?

En 2014, dans le cadre du programme "Entrepreneurs en Afrique", j'ai mené une étude sur le boi mort pour mettre en valeur les propriétés uniques de ce matériau. Le choix de ce matériau pour moi est déjà un acte patriotique (transformer la matière première locale, disponible et inexploitée). Le Burkina Faso, étant un pays sahélien, il est donc inconcevable pour nous d'abattre des arbres verts pour en faire du bois d'œuvre. Nous avons le souci de protéger ce que nous n'avons pas en grande quantité, et qui met beaucoup d'année à grandir.

Dans un pays comme le nôtre nous ne pouvons pas abattre des arbres verts pour le bois d'œuvre sauf des arbres issus de plantations privées. C'est la raison première, le bois mort est destiné à être brulé, le récupérer pour nous est un acte citoyen.

Les arbres morts sont encore souvent considérés comme sans intérêt par de nombreuses personnes, et par les gestionnaires de forêts au public. Les propriétaires de forêts y voient une perte financière (quantité de bois qu’ils ne pourront pas vendre). Quant au public, l’aspect péjoratif du bois mort au sol est expliqué par une sensation de désordre, de non entretien voire d’abandons de la zone.

Pourtant les scientifiques sont unanimes sur ce point: les vieux arbres et les arbres morts appartiennent à un écosystème forestier en bonne santé, et leur présence est indispensable pour la sauvegarde de la biodiversité. En effet, un cinquième environ de la faune forestière est tributaire du bois mort : coléoptères, mousses, lichens - et près de 85% des champignons, dont le rôle écologique est fondamental.

Le bois mort ou particulièrement le bois desséché naturellement est un matériau difficile à travailler comme beaucoup de bois exotiques. En plus il demande un grand nettoyage avant parce qu'il peut contenir de la silice ou de la terre amenée par les termites.

Pourtant, beaucoup de forêts en Afrique, sont vendues aux européens?

Les forêts et tout ce qu'elles contiennent, sont en premier lieu les biens de populations locales et riveraines. La vente des forêts vient du fait que les propriétaires des forêts ne savent pas estimer la valeur et même s'ils savent le faire, ils n'ont pas les moyens de les transformer ou de les valoriser sur place. L'ignorance sur les droits des propriétés font aussi que des familles entières se font déposséder de leurs terre, ce qui est la porte ouverte pour les sociétés en recherche de bois précieux d'Afrique (avec une éthique environnemental où pas). Peut-ont vraiment lutter contre la pauvreté en continuant à nous assister? la pauvreté pour moi est le facteur majeur qui amène quelqu'un à vendre la terre de ses ancêtres.

Associez vous à vos activités un message plus environnemental ou artistique? ou les deux?

Le Materiau du bois mort en Bois d'œuvre est la clé de présentation de nos produits. Nous nous servons de l'art pour entrer en communication sur le sujet de l'environnement et de la richesse de l'éco-système sahélien, sa fragilité et aussi sa sauvegarde.

De retour au Burkina Faso, comment avez vous perçu le regard de vos proches et des Burkinabés sur votre art? Comment la famille africaine considère l'art dans son quotidien?

Pour faire ce que je fais c'est déjà être fou. On ne va pas en France pour revenir être bûcheron ou sculpteur. L'art qui sort du figuratif* et de l'utilitaire est vu en second plan. Les abstraits sont une sorte d'objet inutile crée pour le plaisir des occidentaux, ou des africains qui vivent comme eux. J'ai dû adapter mes créations pour essayer de faire des objets qui plaisent à la fois aux Burkinabés mais aussi aux occidentaux.

Vous tenez-vous au courant également de toutes initiatives faites en ce sens, par exemple, l'’association franco-sénégalaise "Terre et culture solidaires"* qui récupère des déchets plastiques, dont des pneus usés, pour fabriquer des bancs pour les écoles, ou la fabrication de tissu d’écorce? Qu'est ce que cela vous inspire?

Avec les réseaux sociaux, on n'échappe pas à la grande communication. On en devient même addict. Je découvre Terres et Cultures Solidaires, à travers cet interview, dont je salue la volonté de promouvoir un développement basé sur les besoins réels des populations. Mais il me revient de demander à mes frères de prendre leurs responsabilités. Nous sommes un continent si riche qu'on ne devrait pas nous aider pour nous en sortir. Cela passe effectivement par la formation et la volonté de tout un chacun de voir ses propres conditions de vie s'améliorer. Mais toutes les actions éthiques menées pour l'amélioration des conditions de vie et de protection de l'environnement sont les bienvenues. Comme on le dit ici "avec une seule main on ne ramassera pas la farine"

​Après avoir effectué votre formation en France, vous avez opté pour un retour au Burkina Faso. Beaucoup d'artistes désirent rester en Europe caressant l'espoir d'exposer dans des galeries ou musées et avoir une portée plus grande.

Dans un premier temps, l'envie était de revenir faire quelque chose dans mon pays afin de renouer avec mon territoire.

Apres quelques années passées en France j'ai eu la chance d'apprendre le métier d'ébénisterie et j'avais à cœur de pouvoir former et créer une dynamique autour de ce métier . Selon moi l'art peut se faire partout et surtout on peut créer de l'activité et générer de l’emploi.

Enfin, quel fut votre plus grand défi? ou votre plus grand échec? et comment l'avez-vous dépassé, transcendé? ou finalement tournée en positif?

Mon grand défi a été de revenir chez moi, pouvoir ouvrir mon atelier et y développer mon activité . L'échec a été d'ouvrir l'atelier et de me retrouver seul dedans dans un premier temps car incompris. Jusqu'à peu pour quelqu'un qui voulait faire de la formation je n'avais que deux apprentis qui après 1 an commence seulement à saisir ma vision et ce que je souhaite transmettre. Je l'ai transcendé et continue de le faire en travaillant, montrant ce que je fais et en essayant de vivre de mon art.. Mais aujourd'hui, la présentation de nos produits, du style de fabrication, de la provenance de la matière première et la philosophie de l'entreprise commencent à prendre de l'ampleur.

Si vous étiez un arbre, quel serait-il?

Je serai l'ébénier d'Afrique (Gabou) c'est un arbre un peu mystique, on l'utilise pour soigner les fous appellation que l'on me donne souvent car les gens ne comprennent pas toujours ce que je suis venu faire ici. C'est un bois très précieux, rare que je cherche à valoriser aux travers de mes créations et mon métier. art..

Pour retrouver ses créations, sa philosophie : https://www.kaala.africa/gallery